Le nouveau départ de Janet : comment elle a surmonté l’adversité et poursuivi son rêve

Chaque matin après avoir bu son café, Janet s’installe à son bureau jonché de tubes de peinture et de pinceaux. Une œuvre d’art colorée apposée sur le mur apparaît à travers un bocal où son poisson rouge nage. Janet porte de longues boucles d’oreilles argentées ornées de perles blanches, qui s’agencent à ses cheveux poivre et sel. Les rides sur son visage révèlent des années de vie turbulentes. Les yeux rayonnant d’esprit et de compassion, elle dessine dans son carnet. Depuis quelque temps, elle reproduit les travaux des maîtres afin d’apprendre leurs techniques : Monet et Klimt font partie de ceux qu’elle admire le plus. En tant qu’artiste aux multiples talents, elle compose aussi des poèmes et de la musique, en plus de chanter et de jouer de la guitare.

À première vue, Janet ne semble peut-être pas mener la vie d’une personne sans abri; pourtant, ça a déjà été le cas. Aujourd’hui, elle vit au pavillon Andrée et Roger Beaulieu de la Mission Old Brewery et bénéficie de La traversée, un programme offrant des unités d’habitation pour des personnes âgées qui étaient en situation d’itinérance. Elle n’a toutefois pas toujours eu la chance d’avoir un chez-soi.

À la poursuite de son rêve

Née dans la petite ville de Kipling en Saskatchewan, Janet a vécu un peu partout au Canada et aux États-Unis. Après avoir complété un baccalauréat en sociologie, elle a entamé une première année comme étudiante à la maîtrise, mais elle s’est lassée et avait envie de bouger. Elle a donc décidé de partir à la découverte du monde. Pendant ses voyages, elle a appris à jouer de la guitare grâce à des musiciens qu’elle a rencontrés en chemin. Janet ne voulait néanmoins pas seulement jouer pour l’argent : elle voulait faire une différence.

Alors qu’elle jouait dans la rue à Nashville au Tennessee et qu’elle faisait des ménages pour boucler ses fins de mois, Janet a décidé d’organiser un concert-bénéfice afin d’amasser des fonds pour les personnes itinérantes. Elle espérait récolter assez d’argent pour déposer une mise de fonds sur une maison devant accueillir des vétérans de la guerre du Vietnam qui vivaient sous un pont. Lorsqu’elle est revenue au Canada, elle a tenté d’organiser un événement similaire pour les jeunes Autochtones. À sa grande déception, elle n’a toutefois pas été en mesure de recueillir assez de fonds pour qu’une célèbre musicienne canadienne participe au concert.

À Vancouver, Janet a été inspirée par la beauté du paysage et les artistes de la région tels qu’Émilie Carr. Elle s’est plongée dans les arts visuels. À Saint John, Janet a tout essayé pour vivre de son art, mais elle n’a jamais pu trouver une galerie acceptant d’exposer son travail. L’argent qu’elle avait reçu en héritage de sa mère s’était épuisé avant qu’elle ne soit capable de se remettre sur pied. Sa sœur et ses deux frères ne lui apportaient pas beaucoup de soutien.

Signes d’un nouveau départ

Après avoir vécu dans la rue quelque temps à Montréal, Janet s’est éventuellement retrouvée à l’hôpital, où elle est restée alitée pendant trois mois. « J’avais perdu espoir en la vie », dit-elle. Lorsqu’elle est arrivée au Pavillon Patricia Mackenzie de la Mission, elle a apprécié le fait que le personnel n’ait pas tenté de lui imposer des règles strictes. Au contraire, dit-elle, « ils m’ont simplement fait des suggestions très utiles sur des choses que je devrais essayer. Ils m’ont laissée être moi-même. »

Un jour, alors qu’elle était assise dans un parc, elle a demandé l’aide de Dieu et, peu après, quelqu’un a commencé à jouer Amazing Grace au piano. Cette même journée après le dîner, elle est tombée sur un ami qu’elle n’avait pas vu depuis des mois. Lorsque Janet l’a vu, elle est tout de suite tombée amoureuse de sa force d’esprit. « Il vivait dans la rue, mais il était un survivant et attirait les gens. C’est pourquoi je le dessinais, lui et ses amis. J’étais si fascinée par ce jeune homme », explique-t-elle. Pour Janet, cette série de coïncidences était annonciatrice d’un nouveau départ.

Depuis ce jour, Janet a quitté le Pavillon Patricia Mackenzie et ses services d’urgence pour bénéficier d’un logement stable à La traversée. « Pour moi, c’est un miracle de pouvoir passer d’un état où je ne peux pas sortir de mon lit, à mon état actuel où je me lève le matin et je travaille sur des compositions musicales et mon art. Et j’ai été acceptée par une galerie d’art! Toutes ces choses incroyables m’arrivent », dit-elle. « Une des choses que j’ai apprises en vivant à Montréal, c’est la patience. Que tout vient avec du temps et du travail. »

 

Janet adresse un remerciement tout spécial à Clémence, Constantin, et à toute l’équipe au Pavillon Patricia Mackenzie et au Pavillon Andrée et Roger Beaulieu, qui lui tiennent particulièrement à cœur.

 

La musique et l’art de Janet

Tumbleweed Song par Janet

 

Ce qui suit est un poème écrit par Janet et basé sur sa vie.

 J’ai quitté Saint John pour poursuivre mon rêve
Sans jamais compter les milles
J’ai tout de suite écrit à ma sœur
Qui ne m’a jamais envoyé d’argent et m’a laissée dans la rue

J’ai marché des milles et mes pieds ont enflé
hantant dans le métro avec un verre en papier
Dormant dans les parcs dans le jour
debout la nuit au Tim Horton’s jusqu’à ce qu’ils me chassent

J’ai rencontré Junior au parc Beaudry
Je l’ai peint, lui et sa gang à l’œuvre
« Intéressé par l’art », disais-je
aux gais à l’entrée du métro

Refrain:

Montréal m’a appris la valeur
de ma musique et de mon art
l’amour de cette ville m’a montré
que l’adversité pouvait mener à un nouveau départ

J’ai finalement trouvé une maison, près de Beaubien
Je chante pour l’amour, de nouveau dans le métro
Derrière moi une affiche indique « la musique, je t’aime »
Les femmes sourient en passant
Les enfants et les amoureux ont les yeux pétillants
Les gens dévalent les escaliers, lèvent la tête et sourient
Les moins pressés s’arrêtent un temps pour écouter

(Refrain)

Les souvenirs d’itinérance ont commencé à s’estomper
des miracles se produisent chaque précieux jour
Les rayons de soleil traversent la fenêtre alors que je travaille sur mon art
Peignant pour une galerie sur Saint-Laurent
J’essaie de faire confiance au Créateur et son plan
à la direction qu’il donne à chaque femme et homme
Les obstacles qu’il a mis sur mon chemin
m’ont donné le courage de ne pas fuir, mais de rester

(Refrain)

 

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6796, Boulevard St-Laurent
514 326-9393